Le design collaboratif, pour concevoir les bons services de la bonne manière

 

À l’initiative de la communauté de commune du Val de Drôme, Entreautre, le 8fablab et Kapt se sont associés pour imaginer et prototyper le futur de la mobilité rurale. Ce nouveau service, provisoirement baptisé &Hop, est pour nous un modèle du point de vue de ses enjeux comme de sa mise en œuvre. Voyons comment il pose la question des liens entre design et politique de mobilité, et quel a été le process qui a permis ce projet aux impacts positifs multiples.

Good design

 

On le sait, un design réussi est un subtil équilibre entre :

l’attractivité du produit ou du service , au sens émotionnel (esthétique, imaginaire) comme au sens pratique (réponse au besoin, qualité de l’expérience utilisateur)

la faisabilité technique, et l’usage adapté de la technologie

la viabilité économique et le modèle qui permet au projet d’exister

Les stations sont conçues dans une logique d’éco-design et d’inclusivité avec l’appropriation de techniques de construction bois très développées sur le territoire. Cela permet de les fabriquer localement et d’en faire un produit sobre, durable et low-tech.

Nous avons également pensé l’intégration paysagère avec un bardage bois, tout en préservant la visibilité et l’efficacité de l’affichage digital.

Les stations sont alimentées par l’énergie solaire, ce qui facilite leur installation et l’agilité des infrastructures, avec des stations faciles à déplacer.

 

Côté numérique, l’application mobile se veut la plus simple et fluide : nous avons volontairement limité le nombre de fonctionnalités pour nous concentrer sur l’essentiel. Le service peut d’ailleurs être utilisé sans smartphone : le numérique apporte simplement un niveau de service et de confort supplémentaire.

 

Comment sommes-nous parvenus à ce résultat ? Grâce à la démarche de design thinking et au travail collaboratif que nous avons mené avec la CCVD, le 8fablab, Kapt et les acteurs de la mobilité à l’échelle du territoire.

Super good design

Le sujet est complexe car il faut interconnecter les réseaux de transport public (train, bus), les déplacements individuels en voiture et les modes de déplacement doux (marche à pied, vélo), le tout dans un contexte géographique (et météo) semi-rural, avec du relief, des axes majeurs, des vallées isolées et des typologies d’utilisateurs multiples…

 

 

La démarche de design thinking est tout à fait adaptée pour aborder cette complexité par sa plus-value collaborative et inclusive. Un groupe de travail représentatif de la diversité des acteurs (institutions, usagers, élus, entreprises) s’est mis autour de la table : chacun·e porte son expertise, son expérience, ses objectifs et vient nourrir le socle commun des connaissances nécessaires à la co-construction d’une solution.

 

Le co-design est efficace et nous avons rapidement identifié les piliers de ce nouveau service de mobilité rurale : c’est une démarche d’innovation frugale car les moyens mis en œuvre sont relativement limités – 50k€ pour la réalisation d’un projet “from scratch” jusqu’à la réalisation matérielle de la preuve de concept (une première station de mobilité installée et une maquette de l’application mobile).

C’est aussi une démarche inclusive – en impliquant les usagers et les acteurs du territoire, nous prévoyons de faciliter l’appropriation et l’usage du service. Cela permet aussi de diffuser la culture de la collaboration et de faire évoluer les modes de travail par l’action.

 

C’est avant tout une vision politique qui a rendu cela possible.

Hyper good design

 

Notre client (la CCVD) a des objectifs ambitieux et adhère immédiatement à notre méthodologie. C’est un excellent point de départ pour des impacts positifs !

 

Pour les habitants, tout d’abord, la possibilité de se déplacer facilement en dehors des grands axes de circulation et des lignes de transport public rend véritablement possible une vie sociale sans voiture. Et les rencontres récurrentes sur les trajets réalisés en commun entretiennent le lien social !

Le partage de trajets permet de réduire le nombre de voitures en circulation, donc moins d’émission de gaz à effets de serre, une meilleure qualité de l’air et la préservation du milieu. En imaginant une adhésion large à ce service, le second véhicule du foyer sera à terme inutile…

Enfin, la possibilité d’aller étudier ou travailler sans voiture personnelle contribue au développement de l’activité économique du territoire.

 

Ce projet développé par et pour le territoire, est développé en open source pour faciliter son déploiement sur d’autres territoires.

 

 

Nous gardons encore un peu de suspense sur les rouages du modèle économique du projet qui sera officiellement inauguré le 18 juillet prochain à l’écosite de Eurre (26).

 

La vision politique et engagée du projet est particulièrement alignée avec la démarche de design que nous mettons en œuvre au sein du studio. Cela rejoint les réflexions partagées lors du Design Summit – le changement sera le fruit de la collaboration entre décideurs visionnaires et designers engagés. C’est pour cela que le design doit prendre place dans les cercles de décisions. Il est un outil pour inventer et (re)construire de nouveaux modèles de développement soutenables et qui seront aussi attractifs et efficients !